Super stagiaire

Publié le 2 Février 2013

Il y a peu de temps j'ai commencé les stages à l'hôpital. A moitié pour de vrai, me voilà immergée dans ce monde à part, rempli de malades et de personnel en blouse blanche. C'est drôle, je ne m'attendais pas à ça. Non que ma vision soit marquée par la télévision ou quoi, je n'avais pas particulièrement d'illusions, pas nourri de fantasme particulier par rapport à l'endroit qui va m'accueillir bien souvent les 8 à 10 prochaines années. Je ne m'attendais pas à ça mais je ne m'attendais pas à autre chose. Je crois que j'espèrais avoir un déclic. Mais non. Je n'apprécie pas particulièrement le lieu, mais je ne sais pas si beaucoup apprécient. C'est austère. Comme beaucoup d'autres endroits. Mais ça ne ferme pas. Comme pas beaucoup d'autres endroits.

J'ai vu des patients, des enfants, service de pédiatrie oblige. Je ne sais plus qui disait que le seul défaut des enfants c'est d'avoir des parents, mais il avait raison. Si on fait abstraction c'est intéressant. Les enfants c'est pas pareil que le reste du monde. Ca voit la maladie différemment. Ya une gosse qui m'a dit "Bonjour, j'ai 10 ans et je suis drépanocytose". La maladie pour elle, c'était une sorte de monstre qui la transformait petit à petit, qui faisait partie intégrante d'elle même, l'obligeait à passer des jours loin de ses petits camarades de classe, dans une chambre un peu trop blanche. Ca m'a fait de la peine. Elle est restée docile quand de mes mains encore hésitantes j'ai cherché tous ses pouls périphériques, ses aires ganglionnaires. Elle avait l'habitude. Je me sentais un peu honteuse de l'embêter comme ça pour apprendre, mais la chef de clinique veut qu'on s'entraine sur des patients. Comme si ma co-stagiaire n'avait pas de pouls périphériques, comme si on avait besoin d'aller déranger des vrais malades pour ça, alors qu'on n'est même pas des vrais médecins.

J'ai vu des enfants rieurs malgré tout, des enfants qui ne parlent pas, des enfants qui pleurent à cause de la douleur, des enfants seuls. Il y avait une petite trisomique, quelques mois, pas très jolie, c'était pas sa faute. J'ai écouté son coeur, il battait pas normalement. Je ne pouvais pas dire où était le problème, mais je savais qu'il y en avait un. D'habitude quand je dois entendre que ça ne bat pas correctement, que ça souffle ou que ça galope, j'ai beau me concentrer, j'entends juste boum boum. Là j'ai entendu boum tschhh boum tschhh, disctinctement, très vite, trop vite. Autant dire que ça devait être sérieux. J'ai vu tous les signes de la détresse respiratoire réunis dans un tout petit bébé. Et j'ai entendu les pleurs quand j'ai retiré mon doigt que j'avais abandonné à la petite pour qu'elle soit calme pendant que je baladais mon stétho un peu partout. Quand je suis sortie de la chambre, elle pleurait encore, je voulais rester mais il fallait aller voir d'autres patients. L'infirmière m'a fusillée du regard. Elle avait peut être raison. On a pas idée de priver un bébé comme ça d'une présence. De le déranger, lui faire croire qu'on va être là, puis partir comme ça après avoir écouté son coeur. Je me suis sentie coupable. J'ai réalisé que je n'aurai pas toujours le temps. Mais si on veut vraiment, on peut le prendre, non ?

Enfin voilà, j'ai commencé les stages, et j'ai aimé voir les patients, plus que les étudier. Leur parler de choses qui ne concernent pas leur maladie. Les faire rire parfois, en jouant maladroitement la carte de l'humour quand je ne savais pas quoi dire. Je ne sais pas si je suis en bonne voie, si j'apprends bien, mais je crois que je vais aimer ce que je ferai. Et c'est rassurant.

Rédigé par Globule

Publié dans #stage, #pédiatrie

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article